
Rédacteur : Emilie Tranchant I Directrice de la publication : Emilie Tranchant I Usage de l’IA I Date de rédaction : 3 janvier 2026 I Dernière mise à jour : 26 février 2026
Comprendre le concept en 1′ chrono
Le point de départ de Michel Foucault est un déplacement du regard porté sur le pouvoir. Contre une conception classique centrée sur la souveraineté, la loi et l’interdit, il montre que le pouvoir moderne se caractérise par des techniques beaucoup plus diffuses, inscrites dans les pratiques sociales, administratives et scientifiques. Le vivant n’est pas seulement un donné biologique : il devient un objet de savoir et un enjeu d’intervention politique.
À partir du XVIIIᵉ siècle, selon Foucault, le pouvoir cesse progressivement de s’exercer uniquement par le droit de faire mourir ou de laisser vivre. Il se redéploie comme un pouvoir de « faire vivre », c’est-à-dire de gérer, optimiser et réguler les processus biologiques des populations : natalité, mortalité, santé publique, hygiène, sexualité, longévité.
La vie biologique devient ainsi un champ d’action central de l’État et des institutions. La biopolitique désigne précisément ce tournant : le moment où le vivant est pris en charge par des dispositifs de gouvernement fondés sur des savoirs scientifiques (statistiques, médecine, démographie). Il ne s’agit plus de discipliner seulement les corps individuels, mais de gérer des ensembles humains à l’échelle de la population. Cette rationalité transforme la manière dont la liberté, la norme et la responsabilité sont pensées.
Le déplacement théorique est majeur. Foucault rompt avec les philosophies politiques normatives cherchant à définir le « bon » pouvoir. Sa méthode généalogique vise au contraire à analyser les conditions historiques de possibilité de ces formes de gouvernement du vivant, en montrant qu’elles ne vont ni de soi, ni dans un sens nécessairement émancipateur.
Identifier le champ conceptuel connexe
La biopolitique
Ensemble de techniques de pouvoir qui prennent la vie biologique des populations pour objet. Elle vise à réguler les processus vitaux plutôt qu’à imposer la loi par la contrainte directe.
Le biopouvoir
Concept englobant désignant l’articulation entre discipline des corps individuels et régulation des populations. Il souligne l’imbrication du savoir scientifique et du pouvoir politique.La population Catégorie politique et statistique construite au XVIIIᵉ siècle. Elle permet de penser les individus comme un ensemble soumis à des régularités mesurables et gouvernables.
La norme
Instrument central du pouvoir moderne. Elle ne sanctionne pas seulement, mais classe, hiérarchise et oriente les comportements vers un idéal de normalité.
La gouvernementalité
Rationalité politique qui organise la conduite des conduites. Elle désigne l’ensemble des dispositifs par lesquels on agit sur les comportements sans recourir uniquement à la loi. Ce concept désigne la rationalité propre au gouvernement de la population, et dans de nombreux cas, auto-imposé. Cette rationalité se retrouve à la fois dans des institutions et des analyses scientifiques, dans une forme de pouvoir sur la population que l’on appelle le gouvernement et dans la construction d’un État administratif qui a à gérer cette population. L’objectif de ce concept est de déconstruire le concept d’État et de montrer ce qu’il recouvre, comment il s’est construit et les savoirs sur lesquels il repose.
Connaître l’historique du concept
La notion de biopolitique émerge dans les travaux de Foucault au milieu des années 1970, notamment dans Il faut défendre la société et La volonté de savoir. Elle s’inscrit dans un contexte marqué par l’essor des États-providence, la médicalisation croissante de la société et le développement des sciences de la vie.
Ce concept apparaît à un moment où les sociétés occidentales prennent pleinement conscience de leur capacité à intervenir sur le vivant : politiques de santé publique, contrôle des naissances, gestion des risques sanitaires. Foucault montre que ces avancées techniques et scientifiques sont indissociables de nouvelles formes de pouvoir, souvent invisibles, mais profondément structurantes.
Se situer dans le débat
Les partisans
Les travaux foucaldiens ont profondément influencé la philosophie politique contemporaine, la sociologie, les sciences politiques et les études critiques. Des auteurs comme Giorgio Agamben, Roberto Esposito ou Paul Rabinow prolongent et discutent la biopolitique dans des contextes institutionnels, juridiques et médicaux variés.
Les opposants
Certaines critiques reprochent à Foucault de diluer excessivement la notion de pouvoir, au risque de rendre toute action politique suspecte. D’autres estiment que la biopolitique sous-estime les capacités de résistance, d’émancipation et d’autonomie des individus face aux institutions.
Percevoir l’actualité et l’usage du concept
La biopolitique est aujourd’hui mobilisée pour analyser les politiques sanitaires, la gestion des pandémies, les technologies biomédicales ou encore les débats sur la fin de vie. Elle permet de comprendre comment le vivant devient un enjeu stratégique majeur dans des sociétés gouvernées par le risque et l’anticipation.
Approfondir : les références clés et liens utiles sur cette thématique
Michel Foucault, Il faut défendre la société, Cours au Collège de France, 1976
Michel Foucault, Histoire de la sexualité, tome I : La volonté de savoir
Giorgio Agamben, Homo sacer
Roberto Esposito, Bios
Se projeter
Pourquoi et/ou comment avoir recours à ce concept ?
Le concept foucaldien du vivant est un outil analytique puissant pour interroger les discours et dispositifs contemporains de régulation : santé, sécurité, environnement, numérique. Il permet de dépasser les oppositions simplistes entre protection et liberté, en révélant les logiques de normalisation à l’œuvre. Mobilisé avec rigueur, il offre une grille de lecture précieuse pour éclairer des décisions stratégiques, des politiques publiques ou des dispositifs de communication impliquant le corps, la vie et le risque.