
Le lab’ de [La boîte]
CODEX des concepts incontournable pour appréhender la relation au monde de l’occident au XXIe siècle
L’objectif de ce codex n’est pas de faire une recension exhaustive de l’ensemble des concepts, mais de fournir un arsenal conceptuel « de base » qui permettent à chacun de nourrir sa propre réflexion.
Appel à contribution : certains concepts peuvent manquer, n’hésitez pas à nous commenter le texte pour les compléter. De la même manière, les catégories choisies sont par essence une interprétation, si elles vous semblent incomplètes ou inappropriées, n’hésitez pas à nous le faire savoir 😉
Catégorie 1 – LE CONTEXTE HISTORIQUE
LA DISRUPTION TECHNOCRATIQUE DE LA MODERNITE
La délégation croissante du pouvoir à des logiques techniques et scientifiques, qui prétendent gouverner le monde de manière neutre et rationnelle (justice, etc. ) est la caractéristique première du XXIe siècle. Or cette domination a opéré un renversement quasi ontologique : ce n’est plus l’homme qui maîtrise la technique, mais la technique qui façonne notre rapport au monde, nos choix collectifs et jusqu’à notre éthique.
Concepts clés et références
Le concept de « Gestell » de Martin Heidegger désigne la manière dont la technique moderne révèle l’être, c’est-à-dire la manière dont elle cadre, organise, met en ordre la réalité pour la rendre exploitable. La Question de la technique (1954) : la technique moderne n’est pas un simple outil neutre, mais une manière d’« en-juger » le réel. Elle réduit l’être à une ressource exploitable (Gestell), entraînant une perte de sens.
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Hubris technologique : référence implicite à l’hybris grecque, désignant la démesure ; ici, la croyance que la technologie peut tout résoudre, y compris les crises qu’elle a elle-même engendrées. Dans la même optique, l’automatisme technicien de Jacques Ellul – La technique ou l’enjeu du siècle (1954), ce n’est pas parce qu’une technique est utile qu’on l’adopte, mais parce qu’elle est possible. Cette fuite en avant est une forme d’hubris : vouloir tout maîtriser par la technique, y compris les problèmes qu’elle a générés (pollution, guerre nucléaire, etc.). Ellul est sans doute l’un des auteurs les plus critiques envers l’illusion de toute-puissance technique. Il montre que la technique moderne ne se développe plus en fonction des besoins humains, mais selon sa propre logique autonome.
Le scientisme : croyance selon laquelle seule la science permettrait d’accéder à la vérité, au détriment de la philosophie, de la politique ou de l’éthique. Sur ce sujet on peut citer Michel Foucault — Naissance de la clinique, Les mots et les choses, Surveiller et punir. Foucault ne critique pas directement le scientisme au sens classique, mais il en déconstruit les effets de pouvoir. Il montre comment les savoirs « scientifiques » (en médecine, psychiatrie, criminalité) ont été utilisés pour classer, surveiller, normaliser. Le scientisme est chez Foucault un savoir-pouvoir, qui prétend à la neutralité mais exerce un contrôle social
Catégorie 2 – LE POINT DE DEPART (ET D’ARRIVEE)
LA DOUBLE RUPTURE « DES-ENCHANTERESSE » DE LA POST-MODERNITE
Le point de départ de la rupture post-moderne tient à un double désenchantement : le premier, décrit par Max Weber, voit la science et la rationalisation miner les fondements religieux et métaphysiques du monde ; le second, plus contemporain, marque la perte de foi dans un progrès continu et salvateur, fragilisant l’un des derniers grands récits collectifs de la modernité.
Concepts clés et références
La post-modernité de Jean-François Lyotard dans La condition post-moderne (1979). Ce concept désigne une époque marquée par la fin des grands récits explicatifs (religieux, scientifiques, politiques) au profit d’une pluralité de discours et d’une méfiance envers les notions de vérité universelle et de progrès. Lyotard décrit une société où l’information circule en réseaux, la connaissance devient performative et la légitimité des savoirs se joue dans leur utilité plus que dans leur véracité.
Le désenchantement du monde conceptualisé par Max Weber dans Le Savant et le politique et Marcel Gauchet dans Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion(1985).
Le grand partage de Bruno Latour. Latour montre que la modernité a construit un dualisme (Nature / Culture, Sujet / Objet, Science / Politique) au nom duquel le progrès était conçu comme une domination croissante de la nature par la technique et la raison.
Il démonte ce mythe en soulignant que nous n’avons en réalité jamais été « modernes » (Nous n’avons jamais été modernes, 1991). C’est une critique directe de la modernité et du progrès. >>> fin du progrès
Catégorie 3 – LE CONTEXTE HISTORIQUE
LA DISRUPTION TECHNOCRATIQUE DE LA MODERNITE
Alors que les promesses d’une modernité émancipatrice s’épuisent, notre conception de l’humain devient instable : à la fois augmenté, fragmenté, incertain. Cette crise ontologique de l’humain soulève des interrogations radicales sur notre devenir, nos limites, notre identité corporelle, et notre place dans le vivant.
Concepts clés et références
L’individu hypermoderne de Gilles Lipovetsky dans L’Ère du vide (1983) et L’Individu hypermoderne (2004). Gilles Lipovetsky dresse les caractéristiques clés de l’individu moderne : autonome mais anxieux, hédoniste mais instable, pris dans une logique d’auto-performance continue.
Le transhumanisme, un concept courant qui prônant l’amélioration de l’homme par la technique (biotech, IA, nanotechnologies), porteur d’espoirs comme de périls éthiques majeurs.
Concepts associés : dysphorie de genre : illustration contemporaine des tensions entre identité biologique et ressenti psychique, mettant au défi les normes traditionnelles de l’identité humaine.