[FICHE]

La solidarité de classes de Karl Marx (Concours sc.po 26)

Rédacteur : Emilie Tranchant
Directrice de la publication : Emilie Tranchant    
Date de rédaction : 21 avril 2026    
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Comprendre le concept en 1′ chrono

Chez Karl Marx, la question de la solidarité ne se pose pas d’abord en termes moraux, mais en termes structurels. Le diagnostic de départ repose sur l’analyse du capitalisme comme système d’exploitation : les rapports sociaux sont organisés autour de la propriété des moyens de production, opposant la bourgeoisie (classe dominante) au prolétariat (classe exploitée). Dans ce cadre, les formes traditionnelles de solidarité apparaissent insuffisantes, voire mystificatrices, car elles masquent les rapports de domination.
Le cœur du marxisme réside dans l’idée que la véritable solidarité ne peut émerger qu’à partir d’une conscience de classe. Les individus ne sont pas spontanément solidaires : ils le deviennent lorsqu’ils prennent conscience de leur position commune dans le système productif. La solidarité est donc ici conflictuelle et orientée : elle ne vise pas l’harmonie sociale, mais la transformation des rapports de production. Sa portée normative est révolutionnaire, puisqu’elle tend vers l’abolition des classes sociales.
Le déplacement théorique est radical par rapport aux approches libérales ou morales de la solidarité. Là où celles-ci valorisent l’entraide ou la coopération entre individus, Marx inscrit la solidarité dans un rapport de lutte. Elle n’est pas un principe abstrait, mais un effet de position sociale. Ce renversement permet de penser la solidarité comme une force historique, capable de transformer les structures économiques.
Enfin, le marxisme repose sur une méthode spécifique : le matérialisme historique. Celui-ci consiste à analyser les sociétés à partir de leurs conditions matérielles d’existence et des rapports de production. La solidarité y apparaît non comme une valeur autonome, mais comme une dynamique produite par les contradictions du capitalisme.


Identifier le champ conceptuel connexe de la solidarité de classes

La lutte des classes
Conflit structurel entre classes sociales aux intérêts opposés. Elle constitue le moteur de l’histoire et le cadre dans lequel se forme la solidarité de classe.

La conscience de classe
Prise de conscience par un groupe de sa position dans les rapports de production. Elle transforme une condition objective en force politique organisée.
L’aliénation
Processus par lequel les travailleurs sont dépossédés du produit et du sens de leur travail. Elle entrave la formation d’une solidarité authentique en fragmentant les individus.
Le matérialisme historique
Méthode d’analyse des sociétés fondée sur les conditions économiques et les rapports de production. Elle permet de situer la solidarité dans une dynamique historique.
L’exploitation
Appropriation de la valeur produite par les travailleurs par la classe dominante. Elle constitue le fondement objectif de la solidarité prolétarienne.
L’idéologie
Ensemble de représentations qui légitiment l’ordre social existant. Elle peut masquer les intérêts de classe et empêcher l’émergence de solidarités critiques.

Connaître l’historique du conceptde la solidarité de classes

Le marxisme émerge au XIXe siècle, dans le contexte de la révolution industrielle européenne. L’industrialisation transforme
profondément les structures sociales, donnant naissance à une classe ouvrière confrontée à des conditions de travail précaires
et à une forte insécurité économique. C’est dans ce contexte que Marx développe, notamment dans Le Capital et Le Manifeste
du Parti communiste, une critique systématique du capitalisme.
La question de la solidarité y prend une dimension politique avec le développement du mouvement ouvrier. Les premières
organisations syndicales et les partis socialistes traduisent concrètement l’idée d’une solidarité de classe organisée. Cette
dynamique se prolonge au XXe siècle, où le marxisme inspire de nombreuses expériences politiques et sociales, tout en
donnant lieu à des interprétations divergentes.

Se situer dans le débat autour de la solidarité de classes

Les partisans
Le marxisme a profondément influencé la sociologie, l’économie et la théorie politique. Des auteurs comme Friedrich Engels
ou Antonio Gramsci ont prolongé cette analyse en insistant sur les dimensions culturelles et politiques de la domination. Les
mouvements ouvriers et certaines politiques publiques s’en sont inspirés pour structurer des formes de solidarité collective.
Les opposants
Les critiques portent sur le caractère jugé déterministe ou réducteur de l’analyse marxiste. Des auteurs libéraux ou pluralistes
contestent la centralité de la lutte des classes et défendent une conception plus diversifiée des formes de solidarité. D’autres
critiques soulignent les dérives historiques de régimes se réclamant du marxisme.

Percevoir l’actualité et l’usage de la solidarité de classes

Le marxisme reste mobilisé pour analyser les inégalités contemporaines, la précarisation du travail ou les transformations du
capitalisme globalisé. La question des nouvelles formes de solidarité — notamment face à l’ubérisation ou à l’économie
numérique — réactive l’intérêt pour les analyses en termes de classes et de rapports de production.

Approfondir : les références clés et liens utiles autour de cette thématique

– Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste (1848)
– Karl Marx, Le Capital (1867)
– Antonio Gramsci, Cahiers de prison
– Erik Olin Wright, Classes


Se projeter   

Pourquoi et/ou comment avoir recours à ce concept ?  

Le marxisme offre une grille de lecture puissante pour analyser les solidarités non comme des principes abstraits, mais comme des constructions sociales liées à des intérêts matériels. En communication ou en stratégie, il permet de comprendre les dynamiques de mobilisation collective, d’identifier les lignes de fracture sociales et de concevoir des discours capables de fédérer autour d’intérêts communs. Il invite également à interroger les conditions concrètes de possibilité de la solidarité, au-delà des injonctions normatives.